20100428 - Stereo - David Cronenberg - 1969 - Canada

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20100428 - Stereo - David Cronenberg - 1969 - Canada

Message  Scorpio Killer le Mar 4 Mai - 2:47

Présents : La teigne, Tao, Black Mamba, Leatherface, Sato Lover, Night prowler, Dartalouf, Scorpio Killer
Lieu : La teigne/tao

http://www.imdb.com/title/tt0065036/

Une des premières réalisations du maître canadien. C'est un moyen métrage (65mn), en noir et blanc, la bande-son est constituée uniquement d'une voix off, pas de musique, et surtout, pas de dialogue (normal direz-vous, les protagonistes étant télépathes, ils n'ont pas besoin de parler...). On sent que le budget était serré, il paraît d'ailleurs que Cronenberg (26 ans à l'époque du tournage) aurait financé son film avec une subvention du gouvernement canadien pour écrire un roman...

Outre la photographie, la qualité de l'image, la façon de filmer, et déjà les thèmes abordés qui en font un film du Cercle, ce film a une particularité : bien qu'il soit indubitablement un film du Cercle, ce n'est pas pour autant un "bon" film. Il a de nombreux défauts, le plus gros est qu'il est très ennuyeux, plusieurs membres se sont d'ailleurs endormis malgré la courte durée de l'œuvre (je ne donne pas les noms !).

La voix off pseudo intellectuelle nous parle un jargon scientifique plutôt incompréhensible, mêlant des éléments de sociologie, de psychologie cognitive, au sujet principal qui est la télépathie. Tout se passe donc comme si la télépathie s'étudiait de façon universitaire au même titre que d'autres sciences humaines. La référence est un certain docteur Stringfellow (fictif), qui a établi une théorie sur la télépathie et mis en place l'expérience dont nous allons être les témoins. Le film est tourné comme un documentaire sur une expérience mettant en jeu huit individus de catégorie A, autrement dit des télépathes.

Le film est lent et ennuyeux, c'est acquis. Alors pourquoi mérite-t-il sa place au Cercle ? Parce qu'il est fondateur. Fondateur de quel genre ? le genre de.... Cronenberg bien sûr, qui demeure inclassable, incomparable à tout autre cinéma, en particulier par l'originalité, l'étrangeté des sujets abordés.
On y retrouve tous les thèmes chers au maître, avec en plus une approche de la drogue et de l'ivresse qu'elle provoque plutôt inhabituelle chez lui. On verra un homme (catégorie A) s'exciter sur un mannequin représentant un être humain mais ayant la particularité d'avoir le ventre ouvert pour montrer les organes internes. Le cobaye passe la main à l'intérieur du ventre et en éprouve visiblement une étrange volupté, d'autant plus déplacée qu'une femme nue et attachée, les yeux bandées, se trouve à sa disposition à quelques mètres de lui... mais il préfère visiblement la poupée inanimée. Plus tard des protagonistes se drogueront avant de se livrer à une orgie. Des meurtres, des suicides auront lieu.
Le film entier est tourné dans un bâtiment à l'architecture saisissante ou dans ses alentours. En cela il rappelle Shivers et son immeuble rempli d'une population en proie à un parasite les poussant dans des délires sexuels et meurtriers.
On peut aussi penser à Scanners ou à Existenz pour la référence à une nouvelle humanité, se séparant de l'ancienne par de nouveaux pouvoirs (Scanners et Stereo) ou de nouveaux attributs (Existenz), ou même à The fly, pour le nouveau type d'être vivant doués de nouveaux pouvoirs... pour la comparaison avec The fly, j'ajouterais que certains des cobayes ont accepté de se faire amputer d'une partie du larynx, afin de perdre l'usage de la voix, ce qui doit augmenter leurs pouvoirs télépathiques (on pense aussi à Dead Ringers pour ces corps modifiés).

Mais le plus marquant selon moi est l'annonce de Crash. Déjà, Cronenberg nous parle d'érotisme lié à un sujet qui habituellement n'est pas érotique. Dans Crash, les protagonistes sont excités sexuellement par les accidents de voiture et les déformations corporelles (des cicatrices aux prothèses). Ici c'est la télépathie qui prend une dimension érotique que nous ne lui avions jamais vue.
La différence est que dans Crash, ce sont les accidents qui provoquent la montée du désir, alors qu'ici, cette excitation sexuelle est, comme la perte de l'organe de la voix, vue comme un élément favorisant l'augmentation du pouvoir télépathique. D'où l'usage de drogues aphrodisiaques.
Le lien de cause à effet est donc inversé (les accidents mènent à l'érotisme dans Crash, l'érotisme favorise la télépathie dans Stereo) mais déjà l'érotisme est lié à ce à quoi il ne l'a jamais été auparavant...
Les télépathes drogués finissent par atteindre l'état d'omnisexualité (encore un nouveau concept !), que je ne me risquerai pas à définir ici mais qui, on le conçoit bien, est en soi tout un programme !

Un film de jeunesse, un peu lent et ennuyeux, avec des images superbes, des thèmes passionnants, précurseurs, jamais vus, à voir au second degré, avec humour mais attention, car il annonce tout l'univers qui sera celui de Cronenberg jusqu'à Spider. Tout est déjà là, plus qu'en germe, déjà abordé de façon frontale, maladroite et parfois pénible peut-être, mais qui, si l'on parvient à rentrer dans le film (pas facile il faut le reconnaître) fait déjà beaucoup réfléchir, ressentir sur l'homme nouveau, sa sexualité, le lien qu'il peut entretenir avec l'inanimé.

Un film difficile, que je recommanderais aux véritables amateurs du réalisateur canadien de génie, qui leur permettront d'appréhender la genèse de sa démarche. Pour les autres, un film à éviter.
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Scorpio Killer
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